Sarah, ingénieure pédagogique et consultante en communication inclusive et accessibilité
EN QUOI CONSISTE VOTRE MÉTIER ?
J’accompagne avant tout des personnes qui cherchent à construire, reprendre ou réinventer leur parcours professionnel. Concrètement, cela peut être une personne qui souhaite se reconvertir mais ne sait pas par où commencer, qui veut entrer en formation, qui doit constituer un dossier, identifier et valoriser ses compétences, structurer son projet ou simplement réussir à transformer un « j’aimerais faire ça » en étapes concrètes et réalisables.
Mon rôle n’est pas de décider du projet à leur place. Je les aide à mettre de la clarté là où tout semble emmêlé, à comprendre les possibilités qui s’offrent à elles et à construire un parcours cohérent avec leurs compétences, leurs contraintes et leurs aspirations. Avec Happy Bloom, j’ai développé une attention particulière aux parcours atypiques et aux personnes pour lesquelles les dispositifs classiques ne fonctionnent pas toujours très bien : handicap invisible, maladie chronique, neuroatypie, rupture professionnelle, parcours scolaire non linéaire…
J’interviens également auprès des entreprises, collectivités, associations et structures de l’Economie Sociale et Solidaire sur les questions d’accessibilité, de communication inclusive, de handicap invisible et d’environnements professionnels. Finalement, ces deux dimensions de mon métier poursuivent le même objectif : ne pas demander systématiquement aux personnes de s’adapter à des cases qui n’ont pas été pensées pour elles.
LES GRANDES LIGNES DE VOTRE PARCOURS ?
Mon parcours n’a rien d’une ligne droite et c’est probablement aussi pour cela que j’accompagne aujourd’hui les personnes dans le leur. J’ai commencé mon parcours avec un BEP Carrières Sanitaire et Sociales, puis avec un diplôme d’Auxiliaire de Vie Sociale puis en tant qu’aide-soignante diplômée d’Etat et j’ai travaillé pendant une dizaine d’années au contact direct des personnes. J’ai ensuite été AESH (Accompagnante d’Élèves en Situation de Handicap), avant de m’orienter vers la formation, l’accompagnement et l’ingénierie pédagogique.
Je suis devenue formatrice, mentor et j’ai obtenu une licence en ingénierie pédagogique. Il y a une particularité dans mon parcours à laquelle je tiens : je n’ai pas le baccalauréat. Sur le papier, mon parcours ne ressemble donc pas vraiment à la jolie ligne « lycée → bac → études supérieures → métier » que l’on présente souvent lorsqu’on parle d’orientation. Il est fait de métiers différents, de compétences acquises sur le terrain, de reprises d’études, de bifurcations, d’obstacles et de rencontres. C’est précisément ce parcours qui nourrit aujourd’hui ma façon d’accompagner les autres. Quand une personne arrive en me disant qu’elle pense ne pas avoir « le bon parcours », je sais à quel point il est important de regarder ce qu’elle sait faire et où elle veut aller, plutôt que seulement les cases qu’elle n’a pas cochées. C’est aussi de cette expérience qu’est né Happy Bloom.
UNE JOURNÉE TYPE DE VOTRE QUOTIDIEN ?
Il n’y a pas vraiment de journée type. Je peux commencer par accompagner une personne qui travaille sur sa reconversion professionnelle, l’aider à clarifier son projet ou à avancer sur un dossier de formation. Puis passer à une séance de mentorat avec une apprenante, travailler sur des compétences ou des objectifs pédagogiques, chercher une formation ou un dispositif adapté à une situation particulière.
Une autre partie de mon activité est consacrée à Happy Bloom : rendez-vous avec une structure, Diagnostic BLOOM®, conception d’un atelier, création d’outils, travail sur l’accessibilité d’une communication ou réflexion autour du handicap invisible.
Et, comme beaucoup d’entrepreneurs, il y a tout ce que l’on voit moins : les devis, les mails, la communication, l’administratif, la veille, le développement de nouveaux projets… Le fil rouge reste néanmoins le même : partir d’une situation parfois complexe et réussir à la rendre plus claire et plus actionnable.
QUELLES QUALITES SELON VOUS SONT REQUISES POUR EXERCER VOTRE MÉTIER ?
La première, pour moi, est l’écoute. Quand on accompagne quelqu’un dans son parcours professionnel, il faut savoir entendre son projet, mais aussi ses hésitations, ses contraintes et parfois les compétences qu’il ou elle ne pense même pas posséder. Il faut ensuite savoir analyser et structurer. Un projet de reconversion peut rapidement devenir une montagne : formation, financement, dossier, compétences, débouchés, contraintes personnelles, etc.
Mon travail consiste aussi à transformer cette montagne en étapes accessibles. La pédagogie est évidemment essentielle : rendre une information complexe compréhensible, expliquer sans infantiliser et donner suffisamment d’outils pour que la personne gagne progressivement en autonomie. Il faut enfin beaucoup de curiosité, de capacité d’adaptation et une bonne connaissance des dispositifs, tout en acceptant de chercher lorsqu’on ne sait pas. Je crois surtout qu’accompagner ne signifie pas faire à la place de. C’est permettre à la personne de reprendre du pouvoir sur son propre parcours.
POURQUOI ÊTES-VOUS DEVENUE AMBASSADRICE MÉTIERS RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE ?
Cette mission rejoint directement ce que je fais déjà : aider les personnes à comprendre les métiers, envisager des possibilités et construire leur parcours professionnel. Et parce que je sais aussi ce que cela fait de penser qu’un parcours n’est peut-être « pas fait pour nous ».
Je n’ai pas le baccalauréat. J’ai été aide-soignante, AESH, puis formatrice, mentor, ingénieure pédagogique et entrepreneure. J’ai repris des études et construit progressivement un métier qui se trouve aujourd’hui au croisement de plusieurs disciplines. Je trouve donc essentiel de montrer qu’un parcours professionnel n’est pas obligatoirement linéaire. On peut se reconvertir à 30, 40 ou 50 ans. On peut reprendre une formation. On peut faire reconnaître des compétences acquises autrement. On peut avoir besoin d’aide pour monter un dossier. On peut découvrir un métier dont on ignorait complètement l’existence. Et parfois, une rencontre ou une conversation suffit à ouvrir une possibilité que l’on n’avait jamais envisagée. C’est exactement ce que j’ai envie d’apporter en tant qu’ambassadrice métiers : du concret, de l’expérience de terrain et surtout des possibles.
UNE ANECDOTE ?
Je pense à toutes ces fois où une personne arrive en me disant : « Je ne peux pas faire ça, je n’ai pas le diplôme », « Je suis trop vieille pour me reconvertir » ou encore « Mon parcours n’a rien à voir ». Et souvent, en creusant ensemble, on découvre qu’elle possède déjà énormément de compétences transférables, qu’il existe une passerelle, une formation, une VAE (Validation des Acquis et de l’Expérience) ou simplement un chemin auquel elle n’avait jamais pensé.
J’aime particulièrement ce moment où le « ce n’est pas pour moi » commence à devenir un « attends… en fait, ce serait possible ? ». C’est probablement l’une des choses que je préfère dans mon métier : je ne suis pas là pour choisir une voie à la place de quelqu’un, mais parfois simplement pour lui montrer qu’il existe une porte là où il ne voyait qu’un mur.
UNE CITATION ?
« Il n’y a pas de parcours tout tracé. Il y a celui qu’on construit. »
PORTRAIT CHINOIS
Si vous étiez…
>un animal : 🐙 Une pieuvre. Parce qu’accompagner un parcours demande de faire des liens entre beaucoup de choses : les compétences, les envies, les contraintes, les formations, les dispositifs, les financements… Et, soyons honnêtes, quand on est entrepreneure, huit bras ne seraient pas de trop.
>une couleur :🌸Coquelicot. Une couleur vive, qui attire le regard sans demander la permission. Et forcément, un clin d’oeil à Happy Bloom, mon entreprise.
>un département de la Région : 🌿 La Gironde. C’est mon territoire, celui où Happy Bloom a pris racine. J’aime l’idée d’exercer un métier qui peut aussi permettre de créer des possibles au plus près des personnes, y compris loin des grandes villes. Et j’ai un coup de coeur tout particulier pour mon Médoc où j’ai grandi mais également pour l’Entre-Deux-Mers où j’habite.
>un objet : 🧭 Une boussole. Parce que mon métier n’est pas de dire aux personnes quelle route prendre. C’est de les aider à comprendre où elles sont, où elles veulent aller et quelles routes peuvent les y conduire.
Merci Sarah !